• Chapitre 4

    Chapitre 4

     

    CHAPITRE 4 : Plus crétin, tu meurs...

     

    Jacob avait les yeux rivés sur la photo que brandissait l’inspecteur. Ce n’était pas possible. Comment cela avait-il pu arriver ? Il était porté disparu depuis sept ans. Mais qu’avait-il fait durant ces sept années ? C’était trop pour lui… Une douleur insoutenable lui comprima les poumons, puis tout fut noir à nouveau…

     

    ***

     Encore une fois, il rêvait. Et tout était toujours blanc. Elle était encore là, allongée, les yeux clos, ses cheveux blond vénitien encadrant son visage aux traits fins. Une larme roula encore une fois sur sa joue et alla s’écraser dans le paysage immaculé. Jacob s’avança prudemment vers elle et s’agenouilla à ses côtés. Cette fille lui faisait penser à un ange endormi, et la voir pleurer le bouleversait, sans qu’il ne sache réellement pourquoi. Le jeune homme sentait que la réponse était là, quelque part au fond de lui, mais il ne parvenait pas à l’atteindre. Pas encore. Il lui effleura la joue et, instantanément, elle se redressa en sursaut et lui jeta un regard paniqué :
    -« N’aie pas peur, murmura-t-il d’une voix qui se voulait rassurante.
    La jeune femme lui répondit par un petit gémissement étouffé, mais cette fois-ci, elle ne recula pas. Lentement, elle leva ses yeux, jusque-là fixés sur le sol, vers Jacob. Ce dernier fit un petit sourire, puis se sentit faiblir. Et il eut à peine le temps d’entendre l’inconnue lui murmurer :
    - À bientôt… »
    Du blanc. Il était encore dans du blanc. Mais cette fois-ci, le jeune homme le savait, il se trouvait dans sa chambre d’hôpital, Jess assoupie à ses côtés. Jacob soupira de bonheur car, pour une fois, la jeune fille ne hurlait pas dès son réveil, ce qui lui fit un bien fou aux tympans. 

    Pour une fois, il put l'observer bien en détail, puisqu'elle ne sautait pas partout. Elle était, comme à son habitude, très maquillée, mais le jeune homme ne doutait pas que même sans maquillage elle demeurait très belle. Ses traits étaient fins et harmonieux et son visage quelque peu enfantin. Elle avait des joues roses et un peu rondes ainsi que des fossettes à chaque coin de sa bouche rose couverte de gloss. La jeune femme avait l'air de dormir profondément, assise au bord du lit, sa tête reposant sur ses bras. Une jeune fille endormie dans une infinité de blanc... Cela lui rappelait quelque chose, mais il ne savait pas exactement quoi. Les mots qui lui venaient à l'esprit étaient "vénitien" et "elle". Encore "elle"... tout cela était curieux. Mais Jacob n'avait pas la tête à réfléchir pour le moment, alors il s'allongea, ferma ses yeux et, encore une fois, le blanc laissa place au noir.

     ***

    Margaux était à moitié assoupie devant la télévision, un pot de glace aux brownies à la main. Elle jeta un regard vers la pendule. 1h15. Il aurait fallu qu'elle aille se coucher, et pourtant elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Chaque fois que ses yeux se fermaient, l'image de Martin Hunebelle l'assaillait de tous côtés. Tout ceci était bien trop sombre... Des meurtres, des disparitions, de l'amnésie. La jeune fille songea avec humour que ce scénario ressemblait énormément à la série télévisée qu'elle était à moitié en train de regarder en ce moment même. Sauf que tout ce qui se passait en ce moment se déroulait dans la vie réelle. Et le pire dans tout cela, c'était qu'elle n'était pas au bout de ses surprises, même si elle l'ignorait encore pour le moment.
    Le cours de ses pensées fut interrompu par la venue de son grand frère dans son espace vital. Jonas, car c'était le nom du grand frère en question, repoussa sans ménagement les pieds de sa petite soeur et s'affala à ses côtés sur le canapé rouge bordeaux de leur salon.
    -" Alors, toujours debout petite soeurette ? demanda-t-il.
    - Non, comme tu peux le constater, je dors à poings fermés dans mon lit", lui répondit Margaux avec ironie.
    Ce n'était pas qu'elle n'aimait pas Jonas. Et puis, quelque part, elle était obligée d'éprouver un peu d'affection pour lui puisque c'était son frère. Mais parfois il l'agaçait. Elle se demandait comment ils pouvaient être si différents alors qu'ils étaient, normalement, issus des mêmes parents. Leurs différences n'étaient pas au niveau du physique, non, sur ce point là, ils étaient presque identiques, si ce n'est que l'un était un homme et l'autre une femme. Ils avaient les mêmes cheveux bruns et lisses, les mêmes yeux bleus et les mêmes traits du visage. Mais c'était plutôt question caractère qu'on aurait dit deux personnes totalement différentes. Si Margaux était réservée, triste, parfois même un peu blasée et plutôt poète, son frère était très terre à terre, n'avait pas peur de dire ce qu'il pensait et était très sociable. La jeune fille ne l'enviait pas, puisqu'elle savait très bien qu'il était impossible pour elle de devenir comme Jonas. D'ailleurs elle n'en avait pas spécialement envie. Mais, du fait de leurs différences, un espace s'était créé entre eux. Ce qui l'énervait profondément. Elle aurait peut-être pu être un peu plus gentille avec lui, mais elle était comme ça. C'était dans son caractère d'envoyer paître les gens qui commençaient à la percer à jour, qui pouvaient voir à travers sa carapace de silence. 
    -" Haha, très drôle Margaux, rétorqua-t-il. Bon, tu me passes un peu de glace ?
    - Mouais, tiens ! "
    D'un geste mou, la jeune fille lui jeta le pot de crème glacé, déposant au passage quelques tâches de chocolat brunâtres sur le canapé.
    -" Merci, dit Jonas. Papa va râler pour les tâches par contre ...
    - M'en fiche", le coupa sa soeur en fixant de nouveau son attention sur la télévision.
    Mais la jeune fille ne put suivre la série policière que quelques instants, puisque son portable se mit à vibrer dans la poche de son sweat gris. Tout en râlant, Margaux décrocha et se leva de son cocon pour aller s'isoler dans la cuisine. Elle n'aimait pas que quelqu'un se mêle de sa vie privée, même Jonas. Enfin, surtout Jonas en fait. 
    -" Allô ? fit-elle d'une voix fatiguée.
    - Salut chérie, lui répondit une voix qu'elle aurait pu reconnaître entre mille.
    Son sang se glaça. Paul. Comment diable Paul avait-il pu avoir son numéro, et surtout, pourquoi l'appelait-t-il ?! Et qui plus est à plus d'une heure du matin ?
    - Tu as deux secondes espèce de crétin, avant que je ne te raccroche au nez.
    - Je voulais juste te parler de ton petit copain amnésique, là. Jacob, je crois. Enfin... Martin devrais-je dire.
    - Comment es-tu au courant de ça sale parasite ?
    - Et bien figure toi que l'inspecteur en charge de cette affaire, c'est mon père ! Et il m'a parlé d'une gamine brune aux yeux bleus qui n'arrêtait pas de lui lancer des remarques désobligeantes. J'ai tout de suite su que c'était toi. Après tout, il n'y a que toi pour faire cet effet là aux gens, et je sais de quoi je parle.
    Voilà qui expliquait tout. C'était pour cette raison que l'inspecteur Durand lui avait paru antipathique dès la première secondes où elle l'avait aperçu. Il avait la même tête que son idiot de fils, dont elle voyait d'ici le petit sourire en coin lorsqu'il lui avait annoncé la nouvelle.
    - Bon, c'est pas qu'il est une heure et demie du matin et que tu me soules mais j'ai autre chose à faire alors ciao, crétin."
    Et sur ces mots, elle coupa la communication d'un geste rageur. Elle fit volte face pour retourner dans le canapé lorsque son frère apparut sur le seuil de la porte de la pièce.
    -" C'était qui ? demanda-t-il. Un crétin ?
    - Ah ça, plus crétin tu meurs... Enfin bon, occupe-toi de tes affaires Jonas, moi je vais me coucher. Bonne nuit."
    Et elle monta dans sa chambre où elle trouva enfin le sommeil.


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